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Quels seront les effets de l'IA sur l'emploi en 20240 ?

  • Photo du rédacteur: Yann Bustos
    Yann Bustos
  • 26 févr.
  • 5 min de lecture
Impact de l’IA sur l’emploi en Europe en 2040
Impact de l’IA sur l’emploi en Europe en 2040

Pourquoi ce rapport mérite votre attention (et pas pour les raisons habituelles)


On entend partout : « L’IA va détruire des millions d’emplois ».

La Commission européenne, elle, prend un contre-pied plus nuancé : l’IA et les technologies numériques émergentes devraient augmenter l’emploi total en Europe d’ici 2040mais de façon très inégale.

Et c’est précisément là que le débat devient intéressant :

👉 le sujet n’est pas “création vs destruction”, mais redistribution.


Qui capte les gains ?

Qui encaisse les chocs ?

Et surtout : que se passe-t-il si on n’accompagne pas ?


1) Le message central : l’IA ne “tue” pas l’emploi… elle le recompose

La note publiée par la Direction générale Emploi, Affaires sociales et Inclusion (DG EMPL) annonce une conclusion qui dérange les récits catastrophistes :

  • L’emploi total devrait progresser avec l’IA et les technologies numériques émergentes.

  • Mais les bénéfices seront concentrés sur certains groupes.

  • Et certains publics/territoires resteront exposés à des effets négatifs si aucune politique ciblée n’est mise en place.


Ce que la Commission met sur la table, c’est une réalité souvent évitée :

✅ on peut avoir un indicateur macro “positif”

❌ et, en même temps, des transitions très brutales à l’échelle des individus, des métiers et des régions.


2) Les gagnants probables : qualifiés, “prime-age”… et femmes

La Commission identifie clairement les groupes qui, dans ses projections, bénéficieraient le plus de l’essor de l’IA :

  • les travailleurs hautement qualifiés,

  • les actifs en âge “central” (souvent appelés prime-age),

  • et les femmes.


Pourquoi ces groupes-là ?

Sans entrer dans un débat académique, le raisonnement économique est assez intuitif :

  • Les technologies d’IA augmentent la productivité sur des tâches cognitives, analytiques, d’organisation, de conception.

  • Les profils les plus qualifiés ont davantage de capacité d’adaptation, d’accès à la formation, et de mobilité interne/externe.

  • Les femmes, dans certaines configurations sectorielles et professionnelles, pourraient bénéficier de la croissance d’emplois liés aux services, à l’organisation, à la coordination, au management, et à des métiers en transformation (selon la manière dont la diffusion se fait).


⚠️ Important : “bénéficier” ne veut pas dire “être protégé de tout”.

Cela signifie surtout : capturer davantage d’opportunités dans la dynamique globale.


3) Les publics les plus exposés : jeunes, peu qualifiés… et régions fragiles

Le rapport insiste sur un point socialement explosif : sans soutien ciblé, les impacts négatifs se concentreront.

La Commission pointe explicitement :

  • les jeunes,

  • les travailleurs peu qualifiés,

  • et les régions structurellement plus faibles, comme plus exposés aux effets défavorables.


Pourquoi les jeunes ?

C’est, à mes yeux, l’alerte la plus sous-estimée.

Dans beaucoup de secteurs, l’entrée dans l’emploi se fait par des tâches :

  • répétitives,

  • standardisées,

  • “assistées”,

  • ou à faible autonomie décisionnelle.


Or ce sont précisément les tâches qui peuvent être automatisées, accélérées ou réduites par l’IA.

Donc le risque n’est pas uniquement “perte d’emplois”.C’est aussi : perte des marches d’escalier qui permettent d’apprendre un métier.


Pourquoi les peu qualifiés ?

Même logique : si l’évolution technologique augmente la valeur de la polyvalence, de la résolution de problèmes, de l’usage d’outils numériques, alors ceux qui ont le moins d’accès à ces leviers partent avec un handicap structurel.


Pourquoi certaines régions ?

Les territoires “fragiles” ont souvent :

  • une base économique moins diversifiée,

  • moins d’employeurs capables d’absorber/reconvertir,

  • une offre de formation moins accessible,

  • moins d’effets de réseau (clusters, écosystèmes, mobilité).

Dans ces territoires, une transition technologique peut déclencher des dynamiques de décrochage plus rapides.


4) Une projection prudente : pas une prophétie, un scénario

La Commission ne vend pas une vérité absolue. Elle parle d’un résultat “prudemment positif” et met l’accent sur la forte hétérogénéité des impacts selon :

  • les pays,

  • les régions,

  • le niveau de compétences,

  • l’âge,

  • le genre.


C’est une posture importante : une projection à 2040 n’est pas une boule de cristal.C’est un outil pour penser :

  • les risques,

  • les vulnérabilités,

  • et les politiques publiques (et RH) nécessaires.


5) Ce que la Commission mesure vraiment : une approche par l’innovation (brevets) + exposition + démographie

La méthode est un point-clé, parce qu’elle explique le type de conclusion qu’on peut tirer.

D’après la fiche “publication detail” du Publications Office, l’analyse :

  1. Projette l’activité d’innovation (notamment via le nombre de brevets en IA et technologies numériques émergentes)

  2. Utilise des estimations économétriques “reduced-form” sur l’exposition à l’IA/aux technologies numériques émergentes

  3. Combine le tout avec des projections de population Eurostat 


Ce que ça signifie (en clair)

  • On ne parle pas d’un tableau “métier par métier” figé.

  • On parle d’une projection macro qui relie intensité d’innovation → effets sur l’emploi dans un cadre modélisé.


Lecture critique (utile, sans caricature)

  • Les brevets mesurent une partie de l’innovation… mais pas toute l’adoption réelle en entreprise.

  • Les relations estimées à partir du passé peuvent varier si l’environnement change (régulation, diffusion, organisation du travail, adoption sectorielle).

  • D’où la prudence affichée par la Commission !


6) L’idée sous-jacente : le “globalement positif” peut être socialement négatif

C’est le point qui, à mon sens, doit guider toute lecture RH.

On peut très bien avoir :

  • un effet net positif sur l’emploi total,

  • ET simultanément :

    • des métiers d’entrée qui s’assèchent,

    • des reconversions difficiles,

    • des inégalités territoriales,

    • des fractures générationnelles,

    • un sentiment d’insécurité sociale.

C’est exactement ce que la Commission suggère en insistant sur les publics exposés et sur le besoin de soutien ciblé.


7) Les chiffres qui circulent : +5,9 % d’emploi / +11,8 millions… à manier correctement

Vous avez peut-être vu passer des chiffres très repris dans certains résumés :

+5,9 % d’emploi d’ici 2040, soit environ 11,8 millions d’emplois.


Ces ordres de grandeur apparaissent dans des synthèses et relais (par exemple, CEC ASBL) qui commentent la note.


📌 Quelques précautions utiles :

  1. Ce chiffre dépend d’hypothèses/scénarios (innovation, diffusion, contexte économique).

  2. Il ne contredit pas l’alerte principale : même avec un gain net, certains groupes peuvent perdre.


8) “Sans soutien ciblé” : la phrase la plus importante du rapport

La Commission ne laisse pas de place à l’ambiguïté :les jeunes, les peu qualifiés et les régions fragiles restent plus exposés à des impacts négatifs… sans politiques ciblées.

C’est une conclusion politique et sociale, pas seulement économique.

Et c’est aussi une conclusion très “terrain” pour les DRH et managers :

  • Si les emplois se transforment plus vite que les compétences,

  • si l’entrée de carrière se resserre,

  • si certains territoires décrochent,

alors on crée un marché de l’emploi plus instable, même si la productivité augmente.



FAQ: questions fréquentes sur l’IA et l’emploi en Europe


L’IA va-t-elle supprimer plus d’emplois qu’elle n’en crée ?

Selon cette note de la Commission européenne, l’effet net projeté est positif pour l’emploi total en Europe d’ici 2040, mais très inégal selon les publics et régions.

Quels salariés sont les plus menacés ?

La Commission identifie surtout les jeunes, les peu qualifiés, et certaines régions structurellement faibles comme plus exposés à des impacts négatifs sans soutien ciblé.

Qui profite le plus de l’IA selon la Commission ?

Les hautement qualifiés, les actifs prime-age, et les femmes ressortent comme principaux bénéficiaires dans les projections.

Sur quoi repose la projection à 2040 ?

La Commission combine une projection de l’innovation (notamment via brevets), des estimations d’exposition à l’IA/technologies numériques et des projections démographiques (Eurostat).


Conclusion : le vrai débat n’est pas “IA = destruction”, c’est “IA = fracture… ou transition maîtrisée”

Ce rapport a un mérite : il replace le sujet au bon niveau.

Oui, l’IA peut soutenir l’emploi total en Europe d’ici 2040. Mais si on se contente de s’en réjouir, on rate l’essentiel :

  • l’entrée dans l’emploi (jeunes),

  • la montée en compétences (peu qualifiés),

  • la cohésion territoriale (régions fragiles),

  • et l’accompagnement ciblé sans lequel les effets négatifs se concentrent.



Sources (Commission européenne / UE)

  • Page DG EMPL : The future employment impact of artificial intelligence and emerging digital technologies in Europe (22 janvier 2026).

  • Publications Office of the EU : fiche publication et éléments méthodologiques.

  • Synthèse de relais (pour les ordres de grandeur diffusés) : CEC ASBL.

 
 
 

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